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Lettre aux ministres : télécharger
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Jean-Baptiste, JB, JBouille…pour nous, les Grenoblois, c’est le Prince du Fermage de Bras, le Roi des abeilles, et un Petit Ange.
La joie pure qu’il éprouvait à fermer le bras était communicative, et il était aussi heureux de réussir à enchaîner un 8a que de voir un de ses potes ne rien lâcher et tout donner dans un 6c. Fermer le bras… c’était bien plus facile pour lui que pour d’autres, avec sa musculature de Dieu du stade et ses énormes paluches, parfaites pour tenir des piolets, beaucoup moins adaptées à tout ce qu’on trouve classiquement dans une maison : d’innombrables verres se sont cassés dans ses mains, alors qu’il n’avait que la plus pure intention de les ranger, et sa dernière velléité de ménage au Mûrier s’est soldée par un cuisant échec, le manche du balai s’étant malencontreusement brisé en deux entre ses mains, après 30 secondes d’une utilisation qui semblait pourtant normale.
Il avait un bonheur candide à aller en montagne. Son rire fusait quand il racontait ses galères innommables qui auraient terrifié plus d’un montagnard aguerri. Mais pour lui, c’était, très simplement, un jeu d’enfant.
JB, c’est le Roi de la ruche, qui plongeait à mains nues au milieu de ses petites abeilles, pour en ressortir un miel délicieux, à la belle couleur ambrée, et au goût très fort, comme tout ce qu’il faisait de la vie.
JB, c’est un petit ange. Un petit ange, parce que tout était bon en lui. Un petit ange, parce que de son sourire candide, de son rire profondément joyeux, de ses yeux sincères, de tout son comportement tendre pour les autres et pour la vie, il touche le cœur comme le ferait un petit enfant, en déclenchant des bouffées d’amour pur.
Des souvenirs et des images….ça oui, tu nous en laisses en quantité !
Et c’est avec un large sourire aux lèvres que l’on y repense.
Notre Jibé à tous, avec ton grand sourire qui nous montre fièrement ton « V » taillé entre les dents.
Notre Jibé, il est comme ça ; toujours prêt à plaisanter.
Chaque fois que l’on se voit, il se crée une réelle complicité, on se cherche, on se taquine.
Il faut se l’avouer, nous, tes cousins et cousines, nous ne t’avons pas beaucoup appelé par ton prénom : toujours un Jibé par ci, un JB par là…
Plus tard, c’est Jibouillard ou Jibouille, la bonne bouille ! Et plus récemment, le premier petit cousin t’appelait Zibé « Et, il est où Zibé ? » ou « Super ! Zibé, il est là !... ».
On a grandi, presque tous ensemble, cousins et cousines, se retrouvant pour les vacances chez Grand-papa et Grand-maman qui nous ont souvent embarqués pour le bord de mer. Et là c’était : A nous les rochers ! En te suivant, pieds nus, au sommet des plus hauts.
Tu te souviens, quand on était petits, c’était à celui qui grimperait le plus haut dans le cèdre du jardin de Grand-papa et Grand-maman : le virus était déjà bien présent…
Tu te souviens aussi, on s’était fabriqué avec Fanfan des chevaux en carton. On a dû jouer comme les trois mousquetaires au moins toute une semaine comme ça, comme des gamins que nous étions !
Puis il y a eu les virées organisées par les « grands », les oncles et tantes, pour nous les « petits », les cousins et cousines.
Le Vercors, où nous étions dans un environnement coupé du monde, à fabriquer notre pain dans des fours que nous construisions chaque jour, avec l’aide de Jean, le pro de l’autonomie en rando.
Le canyoning en Espagne, le rafting à Bourg-Saint-Maurice, les vacances en Dordogne, avec la descente de la Vézère, où nous alternions des journées canoë et des journées vélo.
Et puis bien sûr, on ne peut oublier la rando du Grand Paradis !
Nous étions presque tous réunis pour ce périple de 15 jours, cet apprentissage de la vie, avec le plaisir de se retrouver, de se glisser des cailloux dans les sacs à dos, histoire de bien les alourdir… d’être ensemble à marcher au milieu des montagnes, de partager nos difficultés… Comme lors du passage du Col de la Fenêtre, où tu nous as encordé et assuré une descente en toute sécurité…
On se souvient avoir fêté notre premier 4000 au Champagne … ça c’était le vrai paradis !
Jibé des montagnes, les nôtres et celles de là-bas. Comme tu dois les aimer pour les caresser où personne ne va, pour les admirer.
Tu es encore tout vivant dans nos souvenirs, tellement ils débordent de vie, de rire et d’énergie.
Tes périples ont nourri nos rêves et nous ont fait voyager avec toi.
Avec toi Jibé tant de choses sont possibles, surtout celles un peu folles, pleines de vie. Avec toi on peut se permettre de sauter de 10 m. de haut dans l’eau, à la descente en rafting. Et être fier de se dire : on l’a fait ! C’était un peu fou, et ça fait du bien, surtout en le partageant avec toi.
Avec toi, on peut se permettre aussi de siffler une fillette d’hydromel made in grand’papa, pour se réchauffer, pour honorer grand papa tout juste parti, et vivre le moment présent.
Tu sais vivre chaque instant.
Tu sais composer avec chacun, et toute situation peut virer au comique avec tes blagues, tes yeux rieurs et ton sourire espiègle.
Mémorable scène du marché : grand’maman nous confie son étal de miel, près du poissonnier. Tu ne tardes pas à t’en faire un complice et à haranguer les gens du marché pour proposer un ‘pack’ poisson / miel !! On ri, on entre évidemment dans ton jeu, le marché est bien animé. Ou comment ne pas se prendre la tête et attirer la sympathie. Jibé de tous les possibles !
Jibé des abeilles. C’est tout toi ça, d’être équipé d’un voile et de bosser dans le rucher en short, et à mains nues. Petit prince des abeilles, des ruches.
Avoir été témoin avec toi de la formation d’un essaim d’abeilles chez grand’papa et grand’maman. C’est impressionnant. Et nous étions heureux de partager cela, et de le regarder avec un étonnement et un enthousiasme d’enfant.
Jibé l’apiculteur. C’est toi qui commences à prendre les commandes lors des récoltes annuelles de miel. Et après cela, nous nous attelons dans le hangar, pendant des journées entières, à rénover quelques ruches, remettre en état des hausses et rhabiller les cadres. Puis c’est au tour de la cire, fondue pour en faire de vraies bougies, râpée sous toutes ses formes… On a même voulu accrocher une enseigne faite main, en forme de ruche, sur la façade chez Grand-papa et Grand-maman…. Ben mon cochon !
Sur les photos de famille il faut surtout pas se mettre devant Jibé sous peine de se retrouver avec de belles oreilles de lapin au-dessus de la tête !
Tu restes aussi un danseur hors pair et infatigable : on l’a bien constaté lors des mariages…
Ton aisance à aller vers les uns et les autres, un petit mot pour chacun, ou en grande conversation avec Manue. Tes taquineries, pleines d’affection et toutes tes petites attentions, nimbées de drôleries, ton sourire généreux, et ta simplicité… !
Tout cela, nous le gardons dans nos coeurs. Jibé des cîmes, Jibé des airs…
9 octobre 2006
Départ de Paris pour Katmandou.
Après une soirée bien arrosée où Barbichu a fini avec la crête après un coup de tondeuse, on prend notre avion avec Gulf Air avec la carte de fréquent/ .. qui nous permet de prendre 30 kg de bagages. Le soir, escale à Barhein. Ici tout marche à la climatisation, dehors, il fait surlourd. On nous dépose à l’hôtel où un repas oriental 4 étoiles nous attend. On est comme des princes dans un pur hôtel.
10 octobre 2006
On arrive à Katmandou, prenons les visas sur place. C’est facile d’aller au Nepal. On attend pas mal les derniers bagages alors que des népalais récupèrent d’énormes sacs et cartons.
Direction le Pushar hôtel (150 roupies / pers) que Barbichu connaît. Des gens le reconnaissent d’ailleurs. Tout le monde est très gentil, attentionné. On pose les affaires et faisons un tour en ville.
Du monde partout, des voitures croisent vélos et piétons dans tous les sens et tout ceci dans la bonne humeur. Quelques népalais nous saoulent un peu à vouloir nous vendre baume du tigre, bout de shit ou jeu d’échec et nous suivent un bon moment. Dans les magasins, il ne faut pas hésiter à négocier ; on divise le prix par 4 parfois.
On évite pour l’instant le « dal bat » sur les conseils de Barbichu et Raph pour « momos », « drowme… », « fried rice ». Des restos d’où on sort repus pour 150 roupies (env 1.50 euros). La bière Everest se boit en demi L.
On passera encore 2 jours à KTM à préparer notre voyage et profiter de la ville où l’artisanat est varié et très beau. Nous passons finalement par Sunar pour prendre porteurs et permis pour aller d’abord dans le Ganesh puis dans le Langtang avec les filles.
13 octobre 2006
Départ tôt de KTM pour prendre un bus qui nous emmène en 1 jour à Syabru Bensi. Du goudron et de la piste, un bus rempli au taquet, notre premier dal bat, une rencontre épique avec les maoïstes où Ralf paye 2 X et Barbichu qui ne veut pas payer leur met la honte devant tous les villageois.
On arrive finalement tard à Syabru où un nouveau dal bat nous attend.
14 octobre 2006
1er jour de marche direction Tatopani . Les porteurs ne connaissent en fait pas le chemin et nous devons être très attentifs sur la carte. Nos porteurs sont 5 jeunes dont 3 parlent très approximativement l’anglais. C’est dur de se comprendre, quelques malentendus. Ils ont bien 25 kg dans des sacs de riz qu’ils portent avec la sangle sur la tête.
On essaye et ce n’est pas si mal comme méthode. Pas vraiment inconfortable. A voir à la longue….
Pure soirée à Tatotani et sa source d’eau chaude (+/- 50 °) avec des grands bains communs. On mange de la cuisine avec les porteurs et les habitants. On goûte le rabchia (alcool de riz) qu’ils font chauffer, le shit local qui démonte bien avant d’aller au dodo bien déchiré. Nuit difficile entre les chiens qui aboient et le coq qui chante avant 5 h.
15 octobre 2006
Tatopani ---à grotte où l’on bivouaque. Départ difficile. Pose déjeuner où l’on se fait un repas au feu. Les porteurs se font leur dal bat dans la cocotte minute qu’ils ont emportée.
On couche le soir à 3 500 m dans une grotte. 3 porteurs n’ont rien pour dormir ; on leur prête des doudounes. Ils sont bien durs au mal, jamais froid, ne se plaignent pas et marchent en tongs.
16 octobre 2006
Grotte -à Kolha Karha. Journée un peu plus courte. On démarre à 7 h comme d’habitude. On trouve le camp de base avec une face nord du Paldor qui a l’air bien rude. Et surtout….. on a oublié le gaz à Syabru.
On redescend à Tatopani le jour même avec Barbichu. C’est la grosse lose.
Soirée trop cool où on a rejoint les porteurs à Tatopani. On mange avec 2 bouteilles de rabchia préparées à du beurre, du riz frit puis l’alcool dans la gamelle.
17 octobre 2006
Descente à Syabru où un porteur nous invite à boire un coca chez lui ; bonne bouffe puis remontée à Tatopani. On arrive à rater le village et aller + loin.--à On «bortasse » dans la forêt. Plein de monde à Tatopani, des jolies filles, un gamin qui s’est tout brûlé il y a peu et que sa mère baigne dans l’eau bouillante ; quelques gens qui ont l’air d’être ici en retraite spirituelle et un gros dalbat qui nous attend.
19 octobre 2006
Ca y est, on a quitté le monde des humains pour un milieu plus austère où le stylo peine à écrire. Nous reverrons nos népalais dans 2 semaines. Leur sourire, leur gentillesse. La pauvreté qui ne les empêche pas d’avoir l’air d’être très heureux. Tout cela fait pas mal relativiser quant à la façon dont nous vivons en occident. Une chose assez impressionnante est qu’ils se lèvent tous les jours avant 6 h et n’arrêtent pas de la journée. On croise régulièrement des gens chargés d’énormes sacs à marcher dans ce pays. On voit tout le monde aller, vivre durement toute la journée avec une joie de vivre très présente. C’est un peuple fantastique dont la rudesse de la vie fait peur et donne en même temps envie dans son rapport à la nature et aux gens. La maison est ouverte à tous, entre népalais, on a l’impression qu’ils se connaissent depuis toujours alors que nos porteurs et nos hôtes de Tatopani ne s’étaient jamais vus.
A présent, après la dure journée d’hier nous voici dans le vif du sujet : repérage de faces magnifiques qui ont l’air faisables avec des doutes. Souci avec la météo qui se dégrade tous les jours à 11 h. Le camp de base pourrait être agréable avec le soleil, mais nous n’en avons pas profité. Il fait froid à 4 500 m.
22 octobre 2006
Matinée de repos après la mise en action difficile sur le sommet d’acclimatation. On a tous bien marné hier dans des pentes qui ressemblaient à de la semoule. Une nuit à 4 800 m et départ vers 6 h du matin au petit jour. On savait qu’on aurait du mauvais dès la fin de la matinée, on l’a eu ; les conditions pourries on le savait pas ; elles étaient là quand même. Résultat, belle bataille jusqu’à 5 700 m ; une superbe arête pour la fin et une longue descente jusqu’au camp de base dans les rochers enneigés avec démontage du camp inter sous la neige et remontage du camp de base dans la nuit. Superbe journée tout de même.
A présent, repos alors qu’il commence déjà à neiger (11 h 45). Malgré l’inconfort relatif, l’ambiance reste démente et on se trouve pas si mal. Avec une météo + clémente et de meilleures conditions, de belles choses sont à faire dans le coin.
23 octobre 2006
Après une belle matinée à glander au soleil (jusqu’à 10 h 30) : oui, il faut se lever tôt pour en profiter ; nous avons passé le reste de la journée à manger, jouer aux cartes dans la tente alors que dehors il neige et fait un froid de canard ; ça commence à saouler de ne pas être tranquille au camp de base. Depuis hier soir j’ai des petits soucis de respiration (peut-être psycho…) Y’en a un peu marre d’avoir du soleil 2 h par jour et passer le reste du temps sous la tente.
Demain, changement de paysage. On monte un camp avancé pour faire le Ganesh 7, avec peut-être 2 bivouacs en altitude. On compte profiter des matinées de soleil. Espérons que ça relance la motivation pour
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