Le cœur est comme un immense patchwork, je l’ai découvert un jour

Publié le par Laurent Caudron

Le cœur est comme un paysage de campagne, on y voit une infinité de champs et de prés de toutes tailles et de toutes couleurs.

Cela peut être un paysage de rizières et de forêts, une immense plaine plate du nord de l’Europe... Chacun a le sien.

Le mien est un paysage vallonné de nos campagnes. Il y a la vallée principale, de nombreux vallons, et partout une infinité de champs et de prés de toutes tailles et de toutes couleurs.
Chaque champ, chaque pré est un souvenir.
Certains sont beaux, colorés, ce sont de bons souvenirs, d’autres sont gris, ternes, ce sont de mauvais souvenirs.
Certains sont brillants, vifs, éclatants, ce sont des souvenirs récents, d’autres sont mats, pastels, ce sont de vieux souvenirs.
Certains sont immenses, ils représentent des tranches de vie, d’autres sont petits, ce sont des instants fugaces.
Certains sont devant moi et accaparent mes pensées, d’autres sont au loin, loin de mes yeux et de mon esprit.

Le cœur semble figé, immuable, et pourtant une armée de paysans travaille en permanence dans la vallée. Ces hommes défrichent de nouveaux champs où sont stockés les nouveaux souvenirs. Ces nouveaux champs m’obligent à reculer et à bouger. Je ne peux plus voir les mêmes champs, ou je ne les vois plus de la même façon.

Au fil du temps, j’ai appris à exploiter ma vallée. J’ai tracé des sentiers où je peux me promener entre les champs et les près.
Les bons souvenirs sont toujours un plaisir.
Je trouve parfois un champ en friche. J’ai beau chercher, je ne retrouve plus vraiment les souvenirs auxquels il est lié.
Les mauvais souvenirs sont un paradoxe et une difficulté.
Une difficulté puisqu’ils m’empoisonnent la vie. Je sais que je dois les éviter. Ils m’obligent à de multiples détours. J’ai même appris à construire des murs autour des plus mauvais. Je peux alors reprendre mes promenades en passant à coté d’eux. Je sais qu’ils sont là. Je sais que le mur me protège.
Un paradoxe puisqu’ils font partie de ma vie. Je ne peux pas les effacer. Il en est même certains que je ne veux pas effacer. De temps en temps, au fil d’une balade, lorsque le temps est beau je risque un regard au dessus d’un mur pour examiner un mauvais souvenir. Quelques fois ça se passe bien, soit le souvenir à pali, soit je m’aperçois qu’il est plus petit que je ne le pensais. D’autres fois une vague d’émotion m’envahie, je repart promptement. Le temps de regarder ce souvenir en face n’est pas encore venu. Il faut louvoyer et attendre.

Aujourd’hui un tremblement de terre a modifié soudainement les vallées de nos mémoires.
Un immense champ noir est apparu. Un nuage de poussière a déposé un voile terne partout. Les sentiers sont interrompus.
Les saisons qui arrivent provoqueront l’apparition de nouveaux champs où seront stockés de nouveaux souvenirs, qui nous obligeront à reculer et à bouger. Nous ne verrons plus nos vallées sous le même angle.
La pluie et le vent effaceront les voiles ternes.
Mais il faut apprendre à vivre avec nos fêlures. Seul les soins que nous y mettrons nous permettront de remettre en état nos vallées et de tracer de nouveaux sentiers. Il faudra, dans un premier temps, éviter ce grand champ noir tout en supportant tous les événements quotidiens qui nous y ramènent. Au fil du temps la végétation repoussera lui donnera un aspect plus humain. Nous pourrons alors le côtoyer. Certains d’entre nous saurons même y créer une ambiance apaisante propice au souvenir : une rangée de ruches, un étang avec des nénuphars...

La vie doit continuer

Cette façon de voir les choses m’a aidée dans le passé, si elle peut vous aider aujourd’hui, j’en serai heureux.

Laurent

 

Publié dans Témoignages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article