Secours utiles ou inutiles ? Une polémique surtout politique

Publié le par Comité de soutien aux alpinistes grenoblois

Un certain journal (Le Point du jeudi 7 décembre), relayant de petits esprits chagrins, s'avise aujourd'hui, de critiquer l'action des secours de l'Etat pour nos 4 alpinistes disparus au Népal et dont nous savons maintenant qu'ils sont morts.

Facile de critiquer dans un "fauteuil"
C'est toujours facile. 10 jours après "la bataille", on est sûr de donner des leçons !
Les familles et amis des 4 alpinistes ont mobilisé tous les secours qu'il était possible de mobiliser. Ils l'ont fait avec leur cœur, leurs tripes, leur cerveau. C'était leur devoir, leur sensibilité, leur intime conviction. Ils l'ont fait comme le feraient n'importe quel père, mère, frère ou sœur qui subirait une telle disparition. "Ne ratons aucune chance de les sauver" était notre état d'esprit. Cet état d'esprit (cette supplique) a, heureusement, rencontré non seulement l'aval des pouvoirs publics mais leur volonté déterminée. Peu nous importe qui a agi. Ceux qui l'ont fait, l'ont fait au nom de la République. Sans chercher à en tirer un profit quelconque.

Une utilité, pour nous, claire
Au moment où la décision d'envoyer un avion militaire avec du matériel a été prise, cette décision apparaissait indiscutable. Non seulement il pouvait y avoir un (tout) petit espoir d'un ou deux survivants, voire de retrouver… des corps, mais il s'agissait aussi d'éviter le sur-accident. Au moment où l'avion roulait sur la piste d'Istres, tous les sauveteurs étaient encore dans la montagne, et le risque de sur-avalanche était plus que présent. Tellement présent que, nous familles et amis, malgré notre angoisse, avions demandé expressément à tous les sauveteurs de ne prendre aucun risque plus que nécessaire. Si une avalanche avait emportée quelqu'un à ce moment, qu'aurait dit le journaliste bien pensant, assis sur son siège ? Maintenant, nous n'avons pas à nous prononcer sur la nature des secours envoyés. C'est de la responsabilité de l'Etat. Et si quelques professionnels chagrins ont un autre avis, c'est leur problème, leur petit problème d'ego qu'ils peuvent facilement régler au sein des structures faites pour cela.

Une philosophie des secours,
qui remet en cause le fondement de la République

Discuter du bien-fondé de tel ou tel secours est très facile, vu de loin, quand on ne souffre pas de l'absence d'un proche. Tous les jours, des secours sont envoyés "inutilement". Quand un feu de cuisine se déclenche, les pompiers envoient deux ou trois véhicules. Quand un suicide a lieu, on envoie de tout de même une ambulance de réanimation. Même si l'espoir semble infime. Et heureusement ! Sinon, c'est toute la philosophie humaine - le principe de précaution, le serment d'Hippocrate, l'assistance aux personnes - qu'il faudrait remettre en cause. Quand quelqu'un se noie, on ne commence pas à discuter s'il y a trop de secours. Se poser cette question est non seulement offensant mais irresponsable. Demain, quand un enfant, un frère ou une sœur seront en péril, ces esprits chagrins se gausseront-ils des secours envoyés ? Non... Ce seront même les premiers à les critiquer s'ils sont insuffisants.
Pour nous, c'est clair, toutes les personnes, qui ont œuvré au long de cette chaîne de solidarité, l'ont fait par esprit d'humanité, non par intérêt. Nombre de personnalités de haut niveau nous ont demandé sinon l'anonymat pour agir, du moins la discrétion. Aucun n'a revendiqué une affiche sur les médias. Militaires comme montagnards, diplomates comme médecins, hommes politiques de tous bords, jeunes et moins jeunes, nous avons, tous, œuvré autour d'une même cause, dans un même élan. Nous n'avons pas réussi pour nos 4 gars. D'autres réussiront la prochaine. Car nous n'aurons négligé aucune chance.

Réfléchir aux secours,
demain oui, mais dans la sérénité…

Sans doute faut-il tirer le bilan de cette expérience et réfléchir comment, demain, des secours peuvent être plus efficaces dans l'Himalaya. Certains ont déjà entamé cette réflexion de façon sérieuse. Des étapes ont été franchies. Sans doute pas encore suffisantes. Sans doute, sera-t-il nécessaire d'associer tous les partenaires, à commencer par les Népalais. Il serait aussi utile de voir comment les autres pays européens, férus d'himalayisme (britanniques, italiens, polonais…), sont prêts à s'impliquer, pourquoi pas dans le cadre d'une coopération au développement, népalo-européenne, d'un projet-pilote de la future Protection civile européenne ou/et d'une initiative propre du milieu de la montagne, etc. ?
Certains d'entre nous se sentiront peut-être prêts dans l'avenir à participer à cette réflexion. Mais, de grâce, pas de hâte. Laissez-nous faire notre deuil ! Laissez pour un moment vos petites querelles et petites arrières-pensées aux vestiaires. Ne faites pas vos choux gras sur le dos de morts et de parents éprouvés…

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