Les potes parisiens écrivent :
JB, ON T’AIME TRES FORT
C’est le genre de gars, vous savez, avec qui vous pouvez partir de Bleau sous la pluie, qui vous met un petit reggae sur la route, et quand vous arrivez en forêt : ça colle, incroyable ! Nous voilà à peine arrivés que JB nous sort à froid un « Eclipse » -7c bloc- le sourire aux lèvres, comme d’hab. C’est sûr, c’est un vrai ! Un vrai, au sens où les bivouacs avec lui, par exemple, c’est en hiver et pas avant. Et puis ce sont des bivouacs trois étoiles : ce soir, ce ne sera pas des gerblés pour compléter le cubi, mais plutôt confit de canard aux patates rissolées, poulet aux agrumes ou autre poisson au beurre blanc. On vous prévient, c’est le chef de la bonne bouffe – en popote. Un bon vivant à n’en pas douter. Il faut dire qu’il est toujours en mouvement.
Dès qu’il a un week-end de libre, c’est pour la grimpe, ses potes, ou des missions improbables, comme un Paris-Nantes à vélo, en deux jours avec le sac de matos dans le dos. En revanche, les marches d’approche ne sont pas trop son truc, il faut qu’il y ait de quoi grimper au bout… Alors il les écourte : deux fois plus vite, allez le suivre ! Et là-haut, du style…. L’inspiration au bout des orteils et son kif c’est de partager, à la recherche de sensations mais aussi de pouvoir faire découvrir aux potes et « t’inquiète, si y a pas de point c’est que y a pas besoin ». C’est un éclectique de la grimpe : toutes les saisons, toute la montagne. Toujours à prévoir d’éventuels trips des falaises du Tarn aux Vosges du Nord, de Céüse à la Corse (le bonheur de sortir de la voiture le baudard et les paires aux fesses).
Toujours des envies, toujours des projets : une certaine soif de l’ailleurs qui l’emmène jusqu’au Chili avec Stefan ou en France, avec la face nord des Grandes Jorasses, du pilier des Temps Maudits dans la face nord de l’Ailefroide occidentale, qui sont pour nous parmi ses plus belles ascensions ; tout ça dans une grande discrétion qui rend le grimpeur aussi majeur que ses réalisations.
Petite fierté locale : c’est quand même à Bleau qu’il a testé son portaledge, une confection du JB maison. Parce que JB, c’est aussi le gars de la maison, le bricolo écolo qui repère son congélo dans la rue, ainsi qu’une machine à laver, une cafetière, des tringles à rideaux, des planches (si si, dans la rue !)
Ses diplômes, eux, ne sortent pas de la rue. Il suffit de voir son plaisir d’enseigner. Libre là aussi, préférant emmener autant que possible ses gamins dans la forêt plutôt que de rester sur un mur de base. Ces gamins du « Faisans du parc », que Stefan lui avait confiés, et qu’il a lui aussi confiés par la suite avec le cœur à l’un d’entre nous, suscitant une nouvelle vocation. Mais pas que ça !! BE judo, BE escalade, aspirant guide, instit… La joie de transmettre pour tous du JB.
Pour finir, rien de tel que de jouer un peu de guitare ; juste tenter de faire une nouvelle croix, tenter d’ « enchaîner » avec ses paluches « Redemption song » de Bob, et en chantant s’il vous plaît.
Pour rendre compte de toute sa personnalité, voici des témoignages de proches ou professionnels :
- Pti Stef écrit, et on se joint à lui :
« C’est aussi un alpiniste, bien qu’il soit fort en rocher, et il aime la montagne. Il a besoin de ces espaces. Je crois qu’il y trouve un espace hors du temps où il pouvait vivre des moments d’aventure avec ses compagnons de cordée et ce partage de beau moment lui plait. Il aime aussi l’adversité, il aime devoir s’employer dans une longueur, c’est bête à dire mais ces moments de grande concentration n’y sont pas pour rien je pense. JB je pense à lui au passé et je m’en veux. La force est en toi, pourvu qu’elle soit en toi je veux encore y croire.»
- Rémy Vignon, aspirant guide, membre de l'ENJA (equipe national jeunes alpinistes) :
« On était ensemble à l'ensa pour l'aspi, on avait un peu le même parcours en ayant fait d'abord le BE escalade puis l'aspi. Pendant la formation, c'est vrai qu'on était assez proche, bien sur les mêmes longueurs d'onde, que ce soit sur la sécu ou la manière de voir la montagne et notre activité, cad se faire plaisir tout en gardant toujours une marge de sécu et c'est pour ça que leur disparition me semble ne pas lui ressembler. »
- Fabienne Laurent :
Jbouille est celui qui m’a appris, sans le savoir, à donner et à recevoir sans avoir peur de perdre quelque chose de moi-même en chemin. Il m’a montré, en étant tout simplement lui-même, combien l’échange est source de vie. A moi qui étais bien craintive par rapport aux autres, il a montré comme il est agréable d’accueillir chez soi, d’ouvrir les portes de sa maison et de son cœur.
JB m’a également laissé voir sa fragilité et ses doutes. J’ai essayé de l’aider en lui faisant partager, à mon tour, mon expérience. J’espère avoir été là pour lui autant qu’il l’a été pour moi.
Même si je sais qu’il aurait voulu pouvoir me donner plus encore, Jbouille a apporté énormément de lumière et de bonheur dans ma vie.
Pour moi, JB, c’est la vie. »
- Florian Noyrit :
l’abandon, je garde grâce à lui un souvenir extrêmement positif de cette expérience.
Lors de notre ascension, il m’avait parlé de son projet pour le Népal. Dès que j’ai eu l’information sur la disparition de quatre alpinistes, j’ai pensé à lui. J’ai malheureusement appris rapidement que Jean-Baptiste est l’un d’eux. Aussi, je tiens à vous faire part de mon soutient pour lui et ses
équipiers. Sincèrement. »
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